Brucellose : l'Anses propose un abattage partiel encadré pour sauver certains troupeaux

Brucellose : l'Anses propose un abattage partiel encadré pour sauver certains troupeaux

L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a rendu publique, en octobre 2026, une expertise proposant un protocole alternatif à l'abattage total des troupeaux bovins et de petits ruminants touchés par la brucellose, une maladie transmissible à l'être humain. L'agence sanitaire a été saisie par la Direction générale de l'alimentation pour déterminer si d'autres moyens d'éradiquer la bactérie pouvaient être déployés. Quelles sont les règles en vigueur ?

La France est officiellement reconnue indemne de brucellose au titre de la réglementation européenne. Des foyers surviennent néanmoins parfois dans les élevages de bovins ou de petits ruminants. La loi européenne de santé animale impose l'éradication de la maladie dès qu'elle est détectée dans un troupeau, ce qui se traduit actuellement par l'abattage total des animaux concernés.

Cette approche soulève des questions croissantes, notamment au regard du bien-être animal et de la préservation du patrimoine génétique de certains cheptels. C'est précisément ce contexte de controverses qui a conduit la Direction générale de l'alimentation à solliciter l'Anses sur les alternatives possibles. Pourquoi la bactérie est-elle si difficile à éliminer ?

Les bactéries en cause sont principalement Brucella abortus chez les bovins et Brucella melitensis chez les ovins et les caprins. « L'élimination de ces bactéries est très compliquée », explique Florence Etoré, cheffe de l'unité Évaluation des risques liés au bien-être, à la santé et à l'alimentation des animaux, et aux vecteurs. « Elles sont persistantes dans l'environnement et leur détection chez les animaux est difficile. »

Les signes cliniques n'apparaissent en effet que pendant la gestation et la mise bas. Les tests diagnostiques ne permettent pas toujours de repérer la bactérie chez les animaux infectés, en particulier chez les plus jeunes, dont la réponse immunitaire n'est pas détectable. Éliminer les seuls animaux positifs ne suffit donc pas à assainir un élevage. Un protocole exigeant sur plusieurs mois

L'expertise de l'Anses décrit un protocole qui permettrait de ne pas abattre la totalité d'un troupeau infecté. « Il s'agit d'un protocole très exigeant », prévient Justine Corre, coordinatrice d'expertise, « qui nécessitera une forte implication de l'éleveur et l'application stricte de mesures jusqu'à l'élimination totale de la bactérie, ce qui pourra prendre plusieurs mois, voire plus d'un an. »

La solution n'est pas généralisable et serait réservée à des cas particuliers : un foyer isolé, une volonté forte de l'éleveur de s'impliquer, un nombre relativement limité d'animaux infectés et un accompagnement par l'ensemble des acteurs locaux, notamment les vétérinaires, la direction départementale en charge de la protection des populations (DDPP) et les groupements de défense sanitaire (GDS).

La méthode repose sur l'abattage des animaux infectés et sur une série de mesures destinées à éliminer la bactérie : un protocole de nettoyage et de désinfection rigoureux pour éviter la persistance de la bactérie dans l'élevage et la contamination de l'environnement, l'interdiction d'introduire ou de faire sortir un animal du troupeau durant toute la période, et l'interdiction de sortie des animaux en gestation, sauf dérogation des autorités, y compris pour aller au pâturage. Quel risque pour l'être humain ?

« Il ne faut pas non plus oublier que la brucellose est transmissible à l'être humain. Toutes les personnes qui interviendront en contact avec les animaux devront donc être informées du risque et porter des équipements de protection adaptés », ajoute Florence Etoré. La mise en œuvre du protocole devra faire l'objet d'un suivi spécifique afin d'être ajustée en fonction des résultats observés.

L'expertise a été réalisée par un groupe de travail rattaché au Comité d'experts spécialisé « Santé et bien-être des animaux », en réponse à la saisine de la Direction générale de l'alimentation. L'Anses rappelle que l'abattage total du troupeau contaminé demeure la méthode la plus efficace pour éliminer les bactéries responsables. Quelle suite pour la proposition ?

L'adoption de cette méthode alternative dépend désormais de son acceptation par les autorités françaises et européennes. Si elle est retenue, elle ne s'appliquerait qu'à des situations encadrées, sous réserve d'un suivi permettant d'en évaluer l'efficacité au fil des mois. L'avis et le rapport correspondants sont consultables dans leur intégralité sur le site de l'Anses.

Source: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES)

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