Paramount et Warner fusionnent : naissance d'un géant du streaming

Paramount et Warner fusionnent : naissance d'un géant du streaming

C'est officiel : après un an de guerre d'enchères, David Ellison et sa société Skydance ont finalisé l'acquisition de Warner Bros. Discovery pour 111 milliards de dollars, dette comprise. L'opération, annoncée mardi, donne naissance à un nouvel ensemble pesant près de 70 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel et alignant plus de 200 millions d'abonnés en streaming. L'action historique de Warner a disparu du Nasdaq pour laisser place à un nouveau symbole à la Bourse de New York : SKYD.

Un rachat à 111 milliards

Le montant total de la transaction s'élève à 111 milliards de dollars (environ 99 milliards d'euros), incluant la dette. En fonds propres, Skydance a déboursé 81 milliards de dollars (environ 72 milliards d'euros). Pour financer cette opération, la société a levé 47 milliards de dollars, notamment auprès de fonds souverains d'Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis. Cette participation étrangère a suscité des inquiétudes à Washington, mais la FCC, le régulateur américain de l'audiovisuel et des télécoms, a validé le dossier en estimant que ces capitaux servaient « l'intérêt public ».

La bataille contre Netflix

Pour comprendre l'ampleur de ce rachat, il faut revenir au début de l'année 2026. Warner Bros. était alors sur le point de céder ses studios et son activité de streaming à Netflix. David Ellison, déjà propriétaire de Paramount depuis un rachat à 8 milliards de dollars l'année précédente, a décidé de contrer cette opération. Il a lancé une OPA hostile pour acquérir la totalité du groupe Warner, y compris ses chaînes d'information comme CNN. En proposant 31 dollars par action, il a fini par épuiser la concurrence et contraint Netflix à renoncer fin février.

Hollywood divisé

L'opération n'a pas fait l'unanimité. En avril, une pétition signée par des milliers de professionnels de l'industrie, dont les réalisateurs Denis Villeneuve et James Cameron, et les acteurs Jane Fonda et Mark Ruffalo, dénonçait un projet destructeur d'emplois et menaçant la diversité culturelle. L'actrice Sally Field avait profité de la scène des Emmy Awards pour critiquer cette concentration de pouvoir. À l'inverse, des figures comme Tom Cruise et James Cameron ont salué l'engagement de David Ellison de garantir au moins 30 sorties de films en salles par an avec une fenêtre exclusive de 45 jours.

CNN sous contrôle

Le volet politique a également été sensible. CNN, régulièrement ciblée par Donald Trump, passe désormais sous le contrôle d'une famille proche de l'ancien président. Pour mettre fin aux poursuites de 12 procureurs généraux d'États démocrates, Skydance a accepté de créer un comité de journalistes chargé de garantir l'indépendance éditoriale de CNN et de CBS News. Le groupe s'est aussi engagé à investir 300 millions de dollars (environ 268 millions d'euros) supplémentaires par an dans la production américaine. Un juge fédéral a validé cet accord le 30 septembre. Skydance a par ailleurs versé plus de 23 millions de dollars à la Writers Guild of America pour régler leur litige.

Une direction bicéphale

À la tête du nouvel ensemble, David Ellison conserve la présidence du conseil d'administration et le poste de CEO. Il sera épaulé par Ynon Kreiz, l'ancien patron de Mattel, nommé co-CEO pour piloter les opérations quotidiennes et l'intégration des deux groupes. L'objectif affiché est de dégager au moins 6 milliards de dollars (environ 5,4 milliards d'euros) de synergies d'ici trois ans, un euphémisme qui laisse présager des réductions de coûts et des suppressions de postes.

Vers une plateforme unique

Le nouvel ensemble a déjà annoncé la fusion prochaine de HBO Max et Paramount+ au sein d'une plateforme unique. Cette consolidation intervient dans un secteur du streaming en pleine mutation, où la concurrence entre Netflix, Disney+ et Amazon Prime Video pousse les acteurs à se regrouper pour atteindre une taille critique. En France, cette fusion pourrait avoir des répercussions sur l'offre disponible et les prix pratiqués, alors que le marché européen du divertissement en ligne connaît lui aussi une concentration croissante.

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