Un moteur de recherche de données volées fait payer pour supprimer des fiches

Un moteur de recherche de données volées fait payer pour supprimer des fiches

Un moteur de recherche de données volées, très partagé sur les réseaux sociaux, propose désormais de supprimer les fiches personnelles contre paiement. La manœuvre, dénoncée par le gouvernement français, est présentée comme un « droit à l'effacement » payant, alors que le RGPD garantit ce droit gratuitement.

Une arnaque bien rodée

Depuis l'enquête de RTL adaptée en vidéo par M6 Info le 29 septembre, de nombreux « lookups » circulent parmi des milliers de Français. Ces sites sont alimentés par des données issues de fuites. L'un d'eux attire chaque jour davantage de visiteurs grâce à de nombreuses possibilités de recherche, sans même avoir à créer un compte. Qu'il s'agisse de personnes malveillantes ou de simples curieux, l'effet boule de neige est bien réel, et les administrateurs du site l'ont bien compris. Depuis quelques jours, ils proposent un nouveau service qui n'est rien d'autre qu'une immense arnaque : faire disparaître ses propres données du moteur contre de l'argent.

La pratique a pris une telle ampleur qu'elle a fait réagir Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique. Le 5 octobre, elle a annoncé avoir effectué un signalement auprès du procureur de Paris et a mis en garde les personnes concernées : « ne payez jamais pour faire retirer vos données ». Elle a ajouté qu'« aucune plateforme n'est au-dessus des lois », rappelant qu'un site propose l'accès à des données personnelles en un clic : adresses, numéros de téléphone, informations bancaires, numéros de sécurité sociale, et propose ensuite de faire payer les personnes concernées pour retirer leurs données.

Un faux droit à l'effacement

Présenté sous la bannière « Suppression RGPD », avec un badge « Droit à l'effacement » censé lui donner une apparence officielle, le service promet à l'internaute qui découvre son nom, son adresse ou son téléphone dans le moteur de retirer ses fiches en un clic. Chaque suppression coûte un crédit, vendu par lots de 30 à 1 000. Le pack de 100 crédits est affiché à 25 euros au lieu de 50, soit 25 centimes la fiche, avec une réduction de 50 % mise en avant pour pousser à l'achat. Le paiement se fait par carte bancaire, Apple Pay, Google Pay ou Revolut Pay via Stripe, ou en cryptomonnaies via le service OxaPay.

Le montage est d'abord une arnaque parce que le droit à l'effacement prévu par le RGPD est gratuit. Aucun responsable de traitement ne peut, en principe, facturer une demande de suppression, et encore moins un site qui exploite illégalement des données issues de piratages. La promesse d'une suppression définitive ne vaut rien non plus. Rien ne permet de vérifier que les fiches sont réellement effacées des serveurs du site, ni qu'elles ne seront pas réinjectées plus tard. Surtout, les données ne disparaissent pas des fuites d'origine, qui continuent de circuler sur les forums et dans les autres lookups.

L'irréversibilité des fuites

C'est bien là le problème : il est impossible de retirer des données personnelles une fois qu'elles ont fuité. Comme le rappelle Seblatombe, fondateur du site FrenchBreaches, la meilleure chose à faire pour améliorer son hygiène numérique reste de limiter ce qui pourra fuiter demain, en supprimant ses données des sites et services que l'on n'utilise plus. FrenchBreaches rapporte d'ailleurs ce 6 octobre qu'un autre lookup, qui revendique plus de 740 milliards d'enregistrements indexés, est la cible d'une revendication de piratage. Une preuve de plus qu'il ne faut jamais confier ses données à ce type de site, même pour tenter de les faire supprimer.

Face à la recrudescence de ces plateformes, les autorités françaises appellent à la vigilance. Le signalement auprès du procureur de Paris vise à faire cesser ces pratiques illégales. Pour les victimes, la seule solution durable reste la prévention : limiter la diffusion de ses informations personnelles et supprimer ses comptes sur les services inutilisés. Une recommandation qui vaut aussi pour les entreprises, dont les fuites massives alimentent régulièrement ces moteurs de recherche.

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