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- Source: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) https://www.anses.fr/fr/actualite/biocides-antibiotiques-mecanismes-resistance-commun
L'exposition répétée de bactéries à certains désinfectants peut favoriser leur résistance aux antibiotiques, selon une étude coordonnée par Arnaud Bridier au Laboratoire de l'Anses de Fougères et publiée en mai 2026 dans la revue NPJ Antimicrobials and Resistance. Les chercheurs ont soumis des biofilms d'Escherichia coli à quatre substances désinfectantes pendant un mois avant de tester leur résistance à la rifampicine, un antibiotique modèle.
Key facts
Pourquoi les biofilms changent la donne
- L'étude, coordonnée par Arnaud Bridier de l'unité Antibiotiques, biocides, résidus et résistances du Laboratoire de l'Anses Fougères, s'appuie sur la thèse de Raphaël Charron, doctorant co-encadré par l'Anses et Inrae.
- Des biofilms d'Escherichia coli ont été exposés quotidiennement pendant un mois à quatre substances actives de produits de désinfection utilisés dans les ateliers industriels de transformation des aliments.
- Les bactéries exposées à deux de ces biocides ont résisté plus souvent à la rifampicine que celles exposées à de l'eau, en particulier après contact avec le N-(3-aminopropyl)-N-dodecylpropane-1,3-diamine (TMN).
- Les résultats ont été publiés en mai 2026 dans NPJ Antimicrobials and Resistance ; une étude antérieure parue en 2023 dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology portait sur le polyhexaméthylène biguanide et la gentamicine.
La résistance aux antibiotiques constitue un enjeu majeur de santé publique. Au-delà du mésusage des antibiotiques, l'exposition répétée des bactéries à des produits biocides figure parmi les facteurs susceptibles de sélectionner des souches résistantes. Des travaux antérieurs avaient déjà établi ce lien, mais ils restaient souvent éloignés des conditions réelles d'usage.
Sur une surface, les bactéries s'organisent fréquemment en biofilms : des communautés composées de plusieurs couches de microorganismes, reliées par un mucus sécrété qui les protège de l'extérieur. Ces structures sont connues pour mieux résister aux produits de nettoyage que les bactéries isolées, ce qui justifiait de les étudier spécifiquement. Ce que révèlent les mutations génétiques
En analysant le génome des bactéries exposées au TMN, biocide très employé pour désinfecter les surfaces, l'équipe de l'Anses a identifié chez les variants résistants des mutations de gènes impliqués dans la synthèse des lipopolysaccharides, molécules qui composent la membrane bactérienne. Ces mutations renforçaient la résistance de la membrane et augmentaient la production de mucus, accroissant la protection des bactéries, individuellement comme à l'échelle du biofilm.
Le mécanisme n'est pas toujours génétique. Dans l'étude parue en 2023, les mêmes scientifiques avaient montré qu'une exposition répétée au polyhexaméthylène biguanide, autre biocide courant dans les industries agroalimentaires, augmentait la résistance à la gentamicine, un autre antibiotique. Mais les bactéries perdaient cette résistance à l'arrêt de l'exposition : il s'agissait d'adaptations temporaires, liées à une réorganisation au sein du biofilm et à des modifications de la production de mucus. Quels risques pour l'agroalimentaire et l'hôpital
« Le risque d'apparition de résistance est potentiellement important dans l'industrie agroalimentaire et le milieu hospitalier, où le nettoyage et la désinfection des surfaces sont très fréquents », commente Arnaud Bridier, cité par l'Anses. Ces deux secteurs recourent en effet à des protocoles de désinfection intensifs, qui multiplient les occasions d'exposition des bactéries aux biocides.
Les travaux ont été menés dans le cadre du projet BAoBAb (Adaptation des biofilms aux biocides et impact sur l'antibiorésistance), financé par l'Agence nationale de la recherche de 2022 à 2025, et ont également bénéficié d'une bourse de thèse Anses/Inrae. Ils confirment que l'exposition répétée aux biocides peut jouer un rôle dans l'antibiorésistance, sans pour autant remettre en cause la nécessité du nettoyage et de la désinfection des surfaces. Et maintenant ?
Ces résultats nourrissent le dossier plus large de l'antibiorésistance, qui mobilise déjà les autorités sanitaires françaises. Ils appellent à mieux penser l'articulation entre désinfection des surfaces et usage des antibiotiques, notamment dans les environnements où les deux sont intensifs. La poursuite des recherches sur les mécanismes d'adaptation des biofilms devrait éclairer les pratiques de nettoyage dans ces secteurs.
Source: Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES)
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